Une entrevue avec Mariana Lafrance, artiste-membre de la GNO. Mariana a une nouvelle exposition de dessins à la Fromagerie Elgin (Sudbury). On parle de ça et plein d’autres choses: l’importance qu’elle accorde à la nature, comment vivre sur l’île Manitoulin informe son processus, le chamanisme, etc.
C’est avec fierté et complicité que nous tenons à féliciter Laurent Vaillancourt, artiste-membre fondateur de la Galerie du Nouvel-Ontario. À l’occasion de la 40e Nuit sur l’étang, Laurent est devenu récipiendaire du très prestigieux Prix du Nouvel-Ontario.
Le Prix du Nouvel-Ontario a été créé en 1983, lors du 10e anniversaire de la Nuit sur l’étang afin de reconnaître l’excellence dans les domaines des arts et des lettres en Ontario français. Le Prix souligne la qualité, l’originalité et l’impact de l’œuvre d’un individu ou d’un organisme sur la communauté. Parmi les récipiendaires, il y a le folkloriste Germain Lemieux, les auteurs-compositeurs-interprètes Robert Paquette et Paul Demers et le dramaturge, romancier et traducteur Jean-Marc Dalpé.
Ce fut l’année parfaite pour présenter le prix à Laurent, qui célèbre cette année 40 ans de production en arts visuels. En fait, il présentait sa première exposition à la première Nuit sur l’Étang en 1973, dans la foulé du mouvement d’éveil culturel de l’Ontario français.
Aujourd’hui, Laurent vit et oeuvre à Hearst, dans le Nord de l’Ontario, son port d’attache. Sa fascination pour le câble d’acier, matière symbole, est témoin de son désir de relier entre elles les petites communautés auxquelles il s’identifie. Il a d’ailleurs été l’un des premiers artistes visuels à explorer et manipuler le câble d’acier, à la fois souple et fort. Les objets trouvés, porteurs de sens, artéfacts, sont aussi des éléments qui l’inspirent par leur pouvoir d’évocation.
Les oeuvres de Laurent Vaillancourt ont été présentées en Ontario, au Québec, au Nouveau-Brunswick, au Manitoba ainsi qu’en Colombie (Amérique du Sud). Il a entre autres réalisé La Tournée mondiale en Ontario, projet de création et de visite de 19 lieux de la province. Chaque communauté visitée a reçu un globe terrestre en câble d’acier – confectionné sur place – et quotidiennement, 1 500 cartes postales électroniques ont été envoyées à la communauté franco-ontarienne. L’installation Les Éléments de la tournée mondiale et Sphère est le sujet d’un documentaire qu’on peut visionner sur Internet au nt.net/world.
Laurent présentait tout récemment son installation-performance le fil d’Ariane à la Mise en lumière du projet Art souterrain à la Place des arts de Montréal. L’installation performance fut d’abord créée pour la Nuit Blanche Montréal 2013.
Selon l’artiste, « recevoir le Prix du Nouvel-Ontario, tranché dans du minerai de nickel, c’est tout un honneur et c’est aussi émouvant. Il est rare que l’on reconnaisse les artistes visuels, probablement parce qu’ils sont paradoxalement peu visibles. L’écrivain est publié, le musicien est endisqué, leurs œuvres sont connues du public, pas toujours le cas des artistes visuels. Tout de même, en 30 ans le Prix du Nouvel-Ontario a reconnu trois artistes visuels et je suis très fier d’être l’un d’eux. Recevoir ce prix m’a fait réfléchir à mon cheminement, à mes corpus de travail (le macramé, l’entrelacs, l’objet trouvé et maintenant la performance) et à comment tout cela s’enchevêtre. 40 ans déjà, et je continue. Le concept de la retraite n’existe pas dans mon monde et en quelque sorte recevoir ce prix est une espèce de claque dans face qui me rappelle que ce n’est pas vrai que les artistes visuels ne sont pas reconnus. »
Bravo Laurent ! C’est plus que mérité !
Notons que, de façon exceptionnelle, le Prix du Nouvel-Ontario fut remis à deux personnes cette année. Laurent est en très bonne compagnie. Nul autre que Gaston Tremblay lui-même, défricheur de la littérature franco-ontarienne, fut le second récipiendaire de ce prix tant prestigieux.
Sylvie Tourangeau, artiste de la performance en résidence à la Galerie du Nouvel-Ontario du 23 février au 3 mars 2013, nous décrit la nature de ses interventions sudburoises.
1 – Au Centre commercial Rainbow
Les marqueurs du lieu lundi 25 février 2013
En lien avec un décor intérieur familier aux habitants de Sudbury - une imitation d’ascenseur minier entouré d’un jardin de roches locales et d’un peu de verdure – les artistes performeurs Éveline Boudreau, Sylvie Tourangeau et Laurent Vaillancourt ont créé des lignes: droites, courbes, croches, animées, statiques… Toutes menaient quelque part et nulle part, ailleurs et ici, et en fin de performance, celles-ci ont créé un moment de solidarité, pour le meilleur et pour le pire…
2 – Pont des Nations
Célébration ludique mercredi 27 février 2013
Les deux performeuses ont voulu souligner notre diversité en réalisant une action artistique sur le pont des Nations. Elles y ont amené leurs propres drapeaux symbolisant la présence de l’art quel que soit notre culture d’origine. Le Pont des Nations et ses drapeaux ont été enjolivés de rubans le temps d’une performance de Éveline Boudreau et Sylvie Tourangeau. En saluant les différents groupes composant Sudbury et ses habitants en ce lieu qu’est « le pont », elles y ont souligné l’importance de la démarche vers l’autre dans un geste de célébration.
3 – Au clocher
Unité de contrastes jeudi 28 février 2013
Le clocher de l’ancienne église, préservé et installé devant la nouvelle église Ste-Anne-des-Pins, est ainsi devenu un lieu en lui-même. Accueillant, en général on ne fait qu’y passer, mais les performeuses Éveline Boudreau et Sylvie Tourangeau ont choisi, elles, d’y marcher en cercle pendant une demi-heure par un froid matin d’hiver mettant en relief la présence des contrastes dans la construction identitaire de deux femmes en mouvement.
4 – Les banques jeudi 28 février 2013
Plus pour tous
À une époque où le clivage entre les biens nantis et les moins bien nantis devient de plus en plus acerbe, les trois performeuses Éveline Boudreau, Mercedes Cueto et Sylvie Tourangeau ont pris la part des moins bien nantis. En se postant devant trois banques qui se font face à un croisement de rues du centre ville de Sudbury, elles ont signalé à l’aide de drapeaux jaune et rouge, le mot HELP, en utilisant le sémaphore comme langage visuel.
5 – Au Gros Nickel
À travers les temps samedi 1er mars 2013
Inauguré en 1964, le Gros Nickel est vite devenu une icône de la ville de Sudbury. Installé sur un monticule de scories ou ‘slague’, les performeuses Éveline Boudreau et Sylvie Tourangeau sont montées, comme bien des touristes, jusqu’au monument pour voir la pièce de monnaie de près et jeter un coup d’oeil sur la ville tout autour! Chacune ayant sa sacoche de sous noirs (retirés de la circulation au Canada depuis le 4 février) en main, elles ont d’abord fait des gestes de bénédiction sur la ville.
Elles ont ensuite lancé des poignées de sous en maintes directions, vers la ville. Comme ces sous sont maintenant choses du passé, elles ont souhaité que les épreuves qu’ont pu vivre les habitants au cours des ans et que nous vivons encore aujourd’hui soient elles aussi, des choses du passé. C’est dans cette intention qu’elles ont scandé les mots – pauvreté, indignation, survie, déséquilibre, disparité, misère, insuffisance –. Puis, en descendant la colline, elles ont recouvert de neige les sous qu’elles avaient laissés tomber, histoire de répandre cette richesse le printemps venu…
6 – Rencontre avec Mercedes
Pratique relationnelle 1(2 heures) le 27 février 2013
Une citoyenne de Sudbury me conduit à un lieu de la ville qui lui rappelle un souvenir particulier, je lui demande de se lier à moi par un ruban rouge. Durant son récit, alors que nous tentons de marcher dans la neige, ses mots sont accompagnés de bruits de dynamitage. Elle fera une action montée sur une colline de rebuts, ruban rouge au vent.
7 – Rencontre avec Heather
Pratique relationnelle 2 (1heure 30) le 28 février 2013
Une citoyenne de Sudbury me raconte un évènement personnel qui est relié à un lieu précis dans le centre-ville de Sudbury. Elle m’y conduit alors que je porte dans mon visage le carré rouge symbolisant la lutte étudiante québécoise menée en 2012-2013. Elle laissera ce carré rouge sur un autel accompagné d’un mot de rassemblement.
8 – Au kiosque de billets de loterie
Pratique infiltrante 1 Donne-moi ma chance donne-moi ma chance encore (titre d’une chanson populaire des années 60) (2 heures)
le 26 février 2013
Je me suis rendue au centre commercial RAINBOW afin de dialoguer avec les gens en train d’acheter des billets de loterie. Je m’entretenais avec eux (dans un anglais approximatif) à propos de la chance, du risque, de la coïncidence, bref, je leur parlais de la notion du performatif sans jamais employer ce mot.
9 – Rencontre avec Roxanne
Pratique relationnelle 1 - (1 heure) le3 mars2013
Résidence de Éveline Boudreau à la GNO (2013): Dans le quartier où elle habite, une résidente de Sudbury m’a montré un de ses lieux préférés, un pont piétonnier qui enjambe la voie ferrée. Nous avons marché ensemble sur et sous le pont (sur la voie ferrée), tout en partageant des histoires en ce lieu empreint de voyages et de déplacements. Cette promenade eut lieu alors que la lumière était d’une beauté exceptionnelle, entre chien et loup.
10 – Bus Station
Pratique infiltrante 2 Du performatif dans le réel (3 heures) le 4 mars 2013
J’ai passé trois heures dans la gare d’autobus portant un sac transparent dans lequel il y avait une seringue, une jarretelle, une pipe à hach en forme de pénis, une fausse souris, un miroir et un diffuseur d’odeur. Cette résidence visait donc à explorer la co-collaboration et l’expérimentation de plusieurs niveaux de proximité dans des pratiques infiltrantes en contexte urbain.
Le deuxième épisode de notre podcast est maintenant disponible! Au menu: une entrevue avec l’artiste de la performance Sylvie Tourangeau. On parle de sa résidence d’une semaine à Sudbury, de pratiques infiltrantes, d’art relationnel et du moment présent.
Les passants au Rainbow Centre ont été surpris de rencontrer ces trois artistes de la performance: Sylvie Tourangeau, Laurent Vaillancourt et Éveline Boudreau.
Ayant travaillé pour cinq semaines en périphérie de << l‘horizon des événements >>, je suis soulagé de constater que je n’ai pas été étiré comme un spaghetti et aspiré par un trou noir. En fait, étant tellement inhabitué aux discours astronomiques tenus en français, je dois admettre que je n’avais pas saisi la référence à l’event horizon des trous noirs avant la 2e ou 3e semaine de l’exposition. Y réfléchissant, c’est un titre intéressant lorsqu’on considère la prédilection de l’artiste, Julie Tremble, pour les explosions. En fait, les trois vidéos qui font l’ensemble de l’horizon des événements s’inscrivent dans une série de vidéos sur les explosions. La première vidéo, une tempête feuillue en forêt, porte le titre Explosion no. 6. La troisième vidéo, formes transparentes en couleurs pastel qui traversent un champ de brouillard, s’intitule Explosion no. 4. Finalement, même si la vidéo au centre de l’installation, un court-métrage du genre réalisme magique, s’appelle Les artifices, reste que l’artiste affirme que ces artifices s’inscrivent aussi dans la série des explosions. Après tout, le climax de la vidéo s’agit d’une femme qui explose en un éclatement de bijoux multicolores qui envahissent l’écran.
À quelque part, je me demande si ces explosions ont l’effet d’anéantir le soi, cette entité indivisible que nous présupposons tous couver au fin fond de nous-mêmes. Il me semble que Julie décrivait sa première vidéo comme une tempête envahissante… Il s’agit d’une expérience qui nous envahit, qui monopoliste tellement notre attention qu’elle atténue l’individualité. Ça va de même pour le son des oiseaux qui accompagne la vidéo. Les petites bestioles, au chant qu’on qualifie habituellement de “beau”, sont tellement bruyants qu’ils envahissent le paysage sonore. Confrontés au vacarme, nous avons souvent de la misère à réfléchir. Comme on dit, “c’est tellement bruyant que je m’entends pas penser!”
La femme, protagoniste de Les artifices, au moment qu’elle se livre à ses impulsions kleptomanes, explose en un éclatement de bijoux. On pourrait dire qu’au niveau symbolique, son désir fut tellement fort et tellement envahissant qu’il la remplaça. L’individu n’y est plus. Tout ce qui reste sont ces bijoux, les objets qui représentent son désir et sa volonté.
L’installation est déjà démontée, les oiseaux ne chantent plus sur la rue Elgin. Déjà, quelques passant m’ont demandé où sont partis les petits oiseaux. “Ils se sont envolé, je leur dis.Ils sont partis pour le Sud.” Le soleil à l’horizon, leur propre “horizon des événements”.
Juste à temps pour la fin de l’exposition l’horizon des événements, le premier épisode de L’audio-visuel : le podcast officiel de la Galerie du Nouvel-Ontario!
Le podcast sera bientôt disponible dans le magasin iTunes. On vous tiendra au courant! Pour l’instant, vous pouvez écouter le podcast ici sur le blog ou vous abonner grâce au fil RSS sur Feedburner (http://feeds.feedburner.com/laudiovisuel).