Archive du projet ‘Hôtel Hwy 11’

résidence à Opasatika par Marc Audette

Monday, August 15th, 2011


Résidence d’artiste Opasatika 2011
Par Marc Audette
«Étrangement c’est en dormant, dans un ancien truck stop de danseuses nues que j’ai créé, à ma grande surprise des œuvres d’une profonde spiritualité »

En juin 2011 je me suis rendu à Opasatika dans le Nord de l’Ontario pour participer à une résidence d’artiste. Cette résidence a été rendue possible grâce à la Galerie du Nouvel-Ontario de Sudbury et à la Galerie 44 de Toronto. Nous étions quatre artistes: trois photographes (moi, Denis Tremblay, Denis Bradette) et un écrivain, Daniel Groleau Landry. Notre hôte Laurent Vaillancourt, aussi un artiste, nous a accueilli pendant 7 jours aux Ateliers Topaz, un vieux motel transformé en résidence d’artiste.

Le motel a une demi-douzaine de chambres et il est situé le long de l’autoroute 11. Le bâtiment lui-même n’a rien de remarquable, mais le joyau de la Topaz est la salle de banquet, un énorme dôme attaché au bâtiment principal. De l’intérieur, il ressemblait à une structure des Mille et Une Nuits. Une véritable caverne d’Ali Baba. Une mine d’or pour photographe, où de vieux objets et des collections de choses étranges ont été amassés par Vaillancourt pour être recyclé en sculptures.

J’avais déjà visité l’endroit en 2007, et avais rêvé d’utiliser cette caverne d’Ali Baba comme studio de photo. Mais avant que je puisse crier «Sésame ouvre-toi!” Je dois me rendre là-bas. J’ai décidé de prendre le train, un voyage de 10 heures. Tôt le matin, je suis allé à la gare Union. J’étais chargé comme une mule: une grosse boîte de carton pleine de lumières, une grande valise avec des équipements et des vêtements, enfin, un troisième sac qui contient caméras, objectifs, films et ordinateur portable.

La caissière au comptoir me dit que je ne peux pas apporter de boîte en carton dans le train. Je ne sais pas quel visage j’ai fait, mais elle ajoute. «Puisque c’est la première fois que vous prenez le train avec nous, nous vous laissons le prendre». Ouf! J’avais peur d’avoir à changer mes plans à la dernière minute. Il y a peu de gens le lundi matin pour prendre le train du nord, j’ai donc à ma disposition deux pairs de sièges se faisant face. Pas nouveau, le train, mais ô que c’est confortable dans ces conditions.

Deux heures plus tard, il y a des réparations sur la voie ferrée et le train prend du retard … trois heures de retard. Je commence à regretter mon choix de moyen de transport. Lire un livre ne sera pas suffisant pour alléger mon long voyage qui est devenu encore plus long. Mais à mi-chemin, je ne peux plus lire, trop absorbé par ce que je vois …
Je cligne des yeux devant un magnifique paysage fait de lac, de feuillages, de ruisseaux et de bêtes qui s’envolent. Un original cours à toute allure dans un marais de quenouilles surprit par le train qui passe. Je me dis «Wow c’est beaux». Mon livre ne peut rivaliser contre ces sillons métalliques qui battent de gauche à droite dans des paysages qui ne cessent de m’en mettre plein la vue. Le trajet en train se transforme en excursion dans les plus beaux panoramas sauvages de l’Ontario profonde.

C’est dans cet état d’esprit que je débarque à la porte de l’ancien truck stop de danseuses, c’est comme ça que le chauffeur du coin connait l’endroit que je connais sous le nom de Topaz. Laurent et son chien Dalou m’accueillent sur les marches du balcon et, les artistes eux aussi sont heureux de me voir car il est presque 22 h 30. Quelques instants plus tard, j’ai un bon verre de vin rouge devant moi, on parle, on échange nos idées de projets, et on rigole aussi en apprenant l’histoire particulière du motel. Quelle chance que j’ai! Enfin, j’ai cinq jours pour faire mon projet dans cette caverne aux trésors.

Après ma première nuit de sommeil je décide de marcher dehors, question de prendre une bouffée d’air pur avant de me rendre à l’intérieur du grand demi-dôme pour y exécuter mon travail. Je me sens bien et la marche se prolonge, se prolonge et se prolonge encore. Tout à coup, je comprends que cette marche est mon « Sesame ouvre-toi! » La caverne d’Ali Baba est ici dehors à l’air pur et elle s’ouvre à moi. La séance photo va se passer ici, dans ce paysage qui me séduit à nouveau, comme il l’a fait hier dans le train. Ainsi, pour les 5 prochains jours, j’ai cherché des endroits dehors où arranger mes lumières et prendre des photos.

La façon que j’aborde ce blog pour parler de ma résidence, peu expliquer mon choix artistique de travailler dans la nature. Mais, ça n’explique pas tout sur le résultat de mon travail. Une voix intérieure ne cesse de me rappeler que « étrangement c’est en dormant, dans un ancien truck stop de danseuses nues que j’ai créé, à ma grande surprise des œuvres d’une profonde spiritualité ».

Plus je réfléchis sur les œuvres produites lors de cette résidence, plus je pense qu’elles se comportaient comme des bêtes sauvages qui courent librement dans la nature. Moi, dans de telle circonstance, je me dois de laisser aller tout se qui me sépare de la possibilité de voir et de dire: «Wow, c’est beau ».

Merci à Topaz, la Galerie du Nouvel-Ontario, la Galerie 44, à Ontario Northland et enfin merci aux muses sauvages qui m’ont séduites pour une semaine dans cet ancien truck stop le long de l’autoroute 11 à Opasatika.